6 critères pour choisir la véritable atténuation plate

    La nouvelle norme EN458 rebat les cartes de l’intelligibilité au travail. Comment distinguer le vrai du faux dans les promesses d’atténuation plate ?

    L’intelligibilité de la parole et la perception des signaux d’alerte sont le Graal de la protection auditive. La nouvelle norme EN458-2025, vient justement remettre l’église au milieu du village : une réponse acoustique « plate » (uniforme) est la clé.

    Pour les responsables HSE, les préventeurs et les équipes SST, cette norme n’est pas juste une mise à jour administrative. Elle propose un changement technique majeur pour comparer les bouchons d’oreilles. Fini le calcul grossier d’avant, place à la précision.

    Mais concrètement, comment choisir ? Le Spectral Flatness Index (SFI) développé par 80dbmax s’inscrit pile dans cette exigence de précision.

    Dans cet article, nous allons décortiquer ces nouvelles méthodes de calcul (sans mal de tête, promis) et surtout vous livrer les 6 points indispensables pour ne pas vous tromper de modèle.


    1. Qu’est-ce qu’une atténuation plate selon la norme de 2026 ?

    La norme EN458 insiste : s’équiper d’une protection à réponse uniforme sur les fréquences audibles est un atout sécurité majeur. Mais la définition de « l’uniforme » a un peu changé.

    L’ancienne école (2016) : Le flou artistique

    Auparavant, la définition était simpliste. On prenait l’atténuation des hautes fréquences (H) et on soustrayait celle des basses (L). Si le résultat (H – L) était inférieur à 9 dB, c’était considéré comme « plat ». Le problème ? Un écart de 9 dB est énorme acoustiquement parlant. C’était une tolérance bien trop large.

    La nouvelle rigueur (2025) : Le critère de Liedtke

    La version 2025 devient plus sérieuse. Elle analyse désormais la plage de 125 Hz à 8 000 Hz. En note de la norme, une nouvelle méthode apparaît : le critère de Liedtke (du nom du directeur de l’IFA allemand). Pour faire simple : on trace une ligne droite à travers les moyennes d’atténuation de 125 Hz à 4 000 Hz. Si la pente est inférieure à 3,6 dB, c’est validé.

    Le bémol ? Pourquoi s’arrêter à 4 000 Hz ? La fréquence 8 000 Hz est pourtant essentielle pour la brillance du son et la compréhension fine.

    L’alternative de précision : Le SFI (Spectral Flatness Index)

    C’est ici que notre indice entre en jeu. Le SFI analyse l’ensemble du spectre utile pour vous donner un score de « planéité » réaliste (article sur le SFI).


    2. Le match des protecteurs à atténuation plate : Analyse comparative

    Pour obtenir un affaiblissement plat, le sur-mesure est souvent incontournable. Nous avons mis au banc d’essai trois fabricants majeurs présents en France (Earow, Cotral Lab, Elacin) sur deux niveaux d’atténuation.

    Au-delà des promesses marketing (« transition phonétique remarquable », « clarté d’élocution », etc.), que disent les chiffres ?

    Round 1 : Atténuation Moyenne / Basse

    Observons le comportement des filtres sur les fréquences de 125 Hz à 8 000 Hz.

    Comparaison filtres à atténuation plate
    Figure 1 : Comparatif de l’uniformité spectrale sur les protections à atténuation modérée.
    Ce graphique illustre la réponse de l’affaiblissement en fréquence de 125 Hz à 8 000 Hz pour les modèles Qeos Green K (Cotral), PasStop O-S3 (Earow) et RC-19 (Elacin). Le graphique met en évidence la corrélation entre la courbe visuelle et les indices calculés. On constate que le modèle Earow (courbe jaune) s’éloigne de l’axe horizontal, ce qui se traduit par un indice SFI élevé (9,45) et un critère Liedtke de 4,47. À l’inverse, les modèles Cotral Lab et Elacin affichent des indices SFI proches de 0 (1,67 et 3,10), garantissant une déformation sonore minimale et une meilleure intelligibilité.

    Voici les données techniques associées :

    L’analyse 80dbmax : pour les 3 indicateurs, plus le résultat est proche de zéro, plus l’atténuation est parfaitement plate.

    • Le constat immédiat : Les 3 indicateurs sanctionnent immédiatement le modèle PasStop O-S3 (Earow). Sa courbe décroche, ce qui colore fortement le son.
    • Le duel au sommet : Entre le Qeos Green K (Cotral) et le RC-19 (Elacin), le match est serré. Notez cependant que le critère Liedtke (qui ignore le 8000 Hz) donne un écart de performance artificiellement grand (x 6) entre les deux, alors que le SFI, plus complet, montre un écart plus nuancé (x 2).

    Round 2 : Atténuation Forte

    Regardons maintenant ce qui se passe quand on demande une protection plus costaud (autour de 30 dB).

    Comparaison filtres à atténuation plate
    Figure 2 : Comparatif de l’uniformité spectrale sur les protections à forte atténuation.
    Analyse des modèles offrant une protection élevée (SNR ~30dB) : Qeos Orange C3 (Cotral), PasStop O-S1 (Earow) et RC-29 (Elacin). Maintenir une réponse plate avec un fort niveau d’affaiblissement est un défi technique complexe. Si le modèle Earow PasStop O-S1 améliore son score par rapport à la version S3, il reste en retrait face aux modèles Cotral et Elacin qui conservent une bonne linéarité (SFI ~ 3). Notez cependant qu’à ce niveau d’isolement (SNR 30+), la communication verbale reste difficile, indépendamment de la qualité du filtre.
    ModèleFabricantSNRHMLH – LLiedtkeSFI
    Qeos Orange C3Cotral Lab3332313021,213,64
    PasStop O-S1Earow3031272562,716,04
    RC-29Elacin2926262931,283,22

    L’analyse 80dbmax :

    • Le PasStop O-S1 (Earow) s’en sort mieux que son petit frère (O-S3), avec un comportement plus linéaire.
    • Les modèles d’Elacin et Cotral Lab restent plats.
    • Attention cependant : Nous parlons ici de « théorie ». Avec un SNR de 30 dB (affaiblissement fort), vous êtes généralement dans un environnement si bruyant que la communication verbale devient de toute façon impossible, filtre plat ou non. L’intérêt ici se porte uniquement sur la perception des signaux d’alerte (bip de recul, alarmes).

    3. Les 6 points cruciaux pour choisir votre protecteur

    Au-delà des courbes, voici la check-list terrain pour ne pas vous tromper.

    La priorité reste la protection. Visez un niveau sonore résiduel à l’oreille (sous le bouchon) entre 75 et 79 dB(A). C’est le « sweet spot » qui permet d’être protégé tout en conservant la capacité de communiquer.

    Le piège à éviter : Un salarié habitué à être « coupé du monde » (bouchons mousse ou casque à forte atténuation) aura l’impression de ne pas être protégé avec des filtres plats car il entendra tout « trop bien ». Il faut impérativement sensibiliser ces utilisateurs : ce n’est pas parce qu’on entend, qu’on est en danger.

    C’est le B.A.-BA : le meilleur filtre du monde ne sert à rien s’il reste dans la poche. Le confort et l’agrément d’écoute sont vitaux pour garantir un port 100% du temps d’exposition.

    Comme vu plus haut, méfiez-vous des appellations génériques. Un écart de 1 sur le Spectral Flatness Index est imperceptible. Mais si le SFI dépasse 4 ou 5, la déformation sonore devient gênante pour l’intelligibilité.

    Pour obtenir cette réponse plate, les fabricants utilisent souvent une membrane dans le filtre acoustique, celle-ci est extrêmement fine et fragile. Si cette membrane s’encrasse (poussière, huile), le filtre se bouche et l’atténuation change radicalement. Pire si elle est endommagée, le filtre non seulement n’apportera plus d’affaiblissement plat, mais ne protégera plus du bruit mettant son porteur en danger.

    • Conseil : Vérifiez si le filtre est mécaniquement protégé des agressions extérieures. Un filtre à membrane non parfaitement protégé risque de ne pas rester « plat » très longtemps en atelier.

    Qui dit technologie fine, dit nettoyage adapté. Le protocole de lavage standard est-il compatible avec ces membranes fragiles ? Posez la question à votre fournisseur.

    Cette technologie a un prix. Certains fabricants l’incluent en standard, d’autres facturent un surcoût substantiel. Calculez le coût complet, mais considérez-le comme un investissement sur la sécurité (moins d’accidents grâce à une meilleure perception).


    Conclusion

    La norme EN458-2025 vient valider ce que les acousticiens prônent depuis des années : l’atténuation uniforme n’est pas un luxe, c’est un outil de sécurité.

    Si le critère de Liedtke est un progrès par rapport à l’ancien calcul « H – L », il reste imparfait en négligeant les très hautes fréquences (8000 Hz). Pour vos équipes, ne vous fiez pas uniquement à l’étiquette « Atténuation Plate ». Exigez de voir les courbes, comparez les indices comme le SFI, et surtout, assurez-vous que la technologie du filtre (protection de la membrane) est adaptée à la rudesse de votre environnement de travail.

    Aller plus loin

    Consultez notre article sur la norme EN458

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