Pourquoi proposer plusieurs tailles et modèles de protections auditives est essentiel pour protéger efficacement les salariés
Dans un monde idéal, les protections auditives en entreprise reposeraient uniquement sur des bouchons sur mesure, parfaitement adaptés à la morphologie de chaque salarié, offrant à la fois une atténuation maîtrisée, un confort optimal et une stabilité de performance dans le temps.
C’est, sur le plan technique et préventif, la solution de référence.
Dans la réalité du terrain, pourtant, de nombreuses entreprises font encore le choix de protections auditives standards, pour des raisons de coût, de logistique, de disponibilité immédiate ou de facilité de gestion. De leur côté, certains salariés préfèrent également ces solutions pour leur simplicité d’usage. C’est donc bien souvent vers ces modèles standards que s’oriente la protection contre le bruit.
Or cette approche est aujourd’hui à la fois scientifiquement insuffisante et réglementairement fragile.
Le règlement européen (UE) 2016/425 impose en effet que les équipements de protection individuelle puissent s’adapter à la morphologie de l’utilisateur, notamment par une variété suffisante de tailles et d’ajustements. Autrement dit, proposer un seul modèle standard ne peut pas répondre correctement à cette exigence.
Sur le plan scientifique, l’étude de Samelli et al. apporte plusieurs enseignements majeurs sur la morphologie du conduit auditif, l’atténuation réelle des différents types de protections et surtout l’impact déterminant du confort sur le port effectif.
Ces résultats permettent de mieux comprendre pourquoi, même lorsque le choix se porte sur des bouchons standards, proposer plusieurs tailles et plusieurs modèles de protecteurs auditifs n’est pas un choix de confort, mais une nécessité opérationnelle pour assurer une protection réelle et durable des salariés.


En pratique, une telle continuité de tailles n’existe pas sur le marché, ce qui limite fortement l’adaptation morphologique avec les solutions standards.
Une morphologie individuelle qui rend toute approche “taille unique” impossible pour les protections auditives
L’étude a évalué la morphologie du conduit auditif selon deux approches complémentaires :
• la taille du conduit, mesurée à l’aide d’un otomètre, un instrument qui estime le diamètre d’entrée du conduit et classe les oreilles en catégories (XS, S, M, L, XL) ;
• le volume interne réel du conduit, mesuré par impédancemétrie, qui renseigne sur l’espace disponible dans l’oreille.
Ces deux mesures ne décrivent pas exactement la même chose : un conduit peut avoir une entrée étroite (diamètre XS/S) tout en présentant un volume interne important, ou inversement.
C’est précisément ce que montrent les données.
Dans chaque catégorie de taille, les volumes varient fortement :
• XS/S : de 0,36 à 1,14 ml
• M : de 0,44 à 1,31 ml
• L/XL : de 0,61 à 2,44 ml
Les chevauchements sont tels qu’un salarié classé “S” peut avoir un volume supérieur à un salarié classé “M”, et qu’un salarié classé “M” peut être plus proche morphologiquement d’un “XL” que d’un autre “M”.
Cette variabilité prouve trois points importants :
1. La taille d’entrée du conduit ne reflète pas la morphologie interne réelle.
2. Deux salariés classés dans la même catégorie peuvent nécessiter des solutions différentes.
3. L’ajustement d’un protecteur ne peut pas être garanti à partir d’une seule mesure de taille ou d’un modèle unique.
L’atténuation réelle : la mousse atténue davantage, mais ce n’est pas ce que les salariés préfèrent
L’étude a également comparé la performance réelle (PAR) de deux grandes familles de protecteurs standards :
- les bouchons en mousse ;
- les bouchons préformés.
Les résultats sont constants dans toutes les configurations :
Les bouchons en mousse atténuent en moyenne 4 dB de plus que les bouchons préformés.
Pourtant, les salariés ne choisissent pas en priorité le modèle le plus atténuant.
Cette dissociation entre performance mesurée et préférence utilisateur est un point essentiel pour comprendre la protection réelle.
Ce n’est pas l’atténuation maximale qui conduit au port, mais la compatibilité entre le protecteur, la morphologie et le confort ressenti.
Ce qui détermine vraiment le choix : trois critères majeurs liés au confort
L’étude apportent une information décisive : la préférence d’un salarié pour un protecteur dépend surtout de trois dimensions fonctionnelles : la mise en place, l’effet d’occlusion et la simplicité d’utilisation.
Voici la synthèse la plus claire des résultats :
Comment le confort influence réellement le choix d’un protecteur auditif
| Critère de confort | Résultat clé de l’étude | Signification pour l’usage réel |
|---|---|---|
| Facilité de mise en place | Un protecteur facile à insérer est 9 à 20 fois plus susceptible d’être choisi qu’un protecteur difficile à mettre. | La mise en place doit être intuitive et rapide. Dès que le geste devient compliqué, l’adhésion chute fortement. |
| Effet d’occlusion (oreille bouchée) | Réduire une occlusion trop marquée à une occlusion “acceptable” augmente la probabilité de port par un facteur pouvant atteindre ×33. | L’occlusion excessive est l’un des principaux facteurs de rejet. Une sensation simplement “supportable” suffit à stimuler le port. |
| Complexité d’utilisation | Un protecteur perçu comme simple à utiliser est nettement plus souvent choisi. | Les salariés privilégient les dispositifs prévisibles, répétables et rapides à mettre en place. |
| Confort perçu (“acceptable”) | Un protecteur “acceptable” a déjà plusieurs fois plus de chances d’être porté qu’un protecteur inconfortable. | Le confort n’a pas besoin d’être parfait : “suffisamment bon” suffit pour garantir un port réel et continu. |
Pourquoi plusieurs modèles sont indispensables : les profils morphologiques et les préférences varient fortement d’un salarié à l’autre
Les résultats montrent que :
- certains salariés acceptent une légère occlusion ;
- d’autres la rejettent systématiquement ;
- certains préfèrent une insertion ferme ;
- d’autres privilégient la facilité ou la discrétion ;
- certains préfèrent la mousse ;
- d’autres préfèrent les préformés… même s’ils atténuent moins.
Ainsi, un seul type de protecteur — même décliné en plusieurs tailles — ne peut pas couvrir la diversité des préférences fonctionnelles.
Or, ce sont ces préférences qui déterminent le port réel, donc la protection réelle.
La conclusion opérationnelle est simple :
- Proposer plusieurs tailles et plusieurs modèles est indispensable pour garantir que chaque salarié trouve un protecteur compatible avec sa morphologie, son confort et ses contraintes de travail.
Conclusion
La recherche confirme ce que l’expérience terrain montre depuis longtemps : un protecteur auditif n’est efficace que s’il est porté, correctement et dans la durée.
Or le port dépend avant tout de l’adéquation morphologique et du confort fonctionnel, bien plus que des performances acoustiques théoriques.
Proposer plusieurs tailles et plusieurs modèles, accompagner l’essai, vérifier la mise en place et écouter les retours des salariés sont les conditions essentielles pour obtenir une protection auditive réellement efficace.
Source
Samelli AG, Gomes RF, Chammas TV, Silva BG, Moreira RR, Fiorini AC. The study of attenuation levels and the comfort of earplugs. Noise & Health. 2018;20(94):112-119. doi:10.4103/nah.NAH_50_17.
Union européenne. Règlement (UE) 2016/425 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 relatif aux équipements de protection individuelle et abrogeant la directive 89/686/CEE du Conseil. Journal officiel de l’Union européenne, série L, n° 81, 31 mars 2016, p. 51–98.
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